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Richard Gervais La Source (version française de Jungfrukällan) : magnifiquement subtil Suède / 1960 / en noir et blanc / 89 minutes. Réalisé par Ingmar Bergman. Avec Max von Sydow, Birgitta Valberg, Gunnel
Lindblom et Birgitta Pettersson.
Les belles histoires ne vieillissent pas, dit-on, et cest précisément le cas de La Source, basée sur une ballade du XIVe siècle. Superbement photographiée en noir et blanc (par Sven Nykvist, éternel collaborateur de Bergman), cette production, loin dêtre moralisatrice, touche notre corde sensible. Fille unique, Karin (Birgitta Pettersson), blonde et belle comme le jour, est une adolescente gâtée par une mère trop tolérante. Fatiguée davoir trop dansé la veille, Karin refuse daller porter des cierges à léglise du voisinage. Son père (Max von Sydow) insiste. Faisant contre mauvais fortune bon cur, la jeune étourdie finit par céder et revêt sa plus jolie robe pour effectuer la livraison en compagnie dIngeri (Gunnel Lindblom), la servante de la maison, enceinte. Cette dernière déteste Karin. En cours de route (chacune est à dos de cheval), les deux filles se chamaillent. Ayant peur du noir, Ingeri fait marche arrière. Frondeuse, Karin poursuit son chemin, seule. Elle paiera cher sa hardiesse, croisant par hasard trois voyous qui laccostent, pour ensuite lagresser sexuellement avant de lassassiner. Entretemps, Ingeri avait changé didée et, suivant à distance sa maîtresse, elle assiste, impuissante, à lodieux meurtre. La fatalité joue un rôle de premier plan dans La Source, un peu à la manière dune tragédie grecque Par la suite, les auteurs du crime continuent leur parcours. Épuisés, ils sarrêtent sur une ferme et y demandent le gîte pour la nuit, déclarant quils sont en quête de travail. Le propriétaire des lieux qui nest autre que le père de Karin les engage, ignorant quils ont tué à sa fille. Les trois imprudents ayant besoin dargent, ils offrent à la mère de Karin une grande robe blanche légèrement tachée de rouge. La dame reconnaît le vêtement favori de sa fille et en avise son mari La famille décrite dans La Source accorde une importance à la religion qui
peut nous paraître un peu démodée aujourdhui. Les dialogues y sont parfois un
brin simplistes, mais le récit nen souffre pas trop : il nous saisit sans nous
épargner. Au cinéma, on a rarement vu les thèmes de la vengeance et de la rédemption
être traités avec autant de délicatesse. Même la scène du viol dont le
réalisme donne froid dans le dos est subtilement présentée. Fort efficace, la
trame sonore accompagne solennellement linterprétation parfaite de tous les
acteurs. Résultat : La Source simprime
à jamais dans notre subconscient. Avril
2007. (NDLR : Ce texte a également été publié dans le journal LAER Action, Printemps 2007) |